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Aquilenet et 44 organisations demandent à Macron de renoncer à son projet de censure anti-terroriste

Posté par: Cypher Goat dans Aquilenet, Internet et libertés Il y a 11 mois, 2 semaines

Aquilenet co-signe avec 44 acteurs du numérique la lettre ouverte à Emmanuel Macron publiée par La Quadrature du Net. Vous pourrez la trouver ci-dessous.

Si Aquilenet a choisi immédiatement de signer cette lettre, c'est qu'en tant qu'acteur de l'Internet libre et solidaire, nous sommes très inquiet⋅e⋅s face à cette proposition de règlement anti-terroriste poussé auprès de l'Union Européenne par notre gouvernement et Emmanuel Macron.

En premier lieu, parce que cette solution priorise Google et Facebook, avec qui ce texte est co-écrit. En effet, seules les grandes plateformes telles que les monstres de la Silicon Valley seront en mesure d'en suivre les obligations ; nous y revenons plus bas. Or, nous estimons que des corporations nord-américaines n'ont pas leur mot à dire sur la scène politique française. Encore moins quand il s'agit de sujets sur lesquels ils jouissent d'une position leur permettant de tirer un avantage à la fois politique et financier. Les acteurs privés n'ont pas à être les garants de la sécurité publique, car leur rôle ne sera jamais neutre ni en faveur des citoyen⋅ne⋅s, mais orienté pour satisfaire leur propres intérêts. Nous ne pouvons transformer la sécurité nationale et internationale, si tant est qu'on considère ce texte comme efficace sur ce terrain, en domaine d'actions privées et de concurrence industrielle. Sans cette limite entre ce qui appartient au public et ce qui appartient au privé, nous nous garantissons un futur nocif pour les citoyens.

En second lieu, nous sommes à la fois FAI et hébergeur de contenu. Nous proposons même deux plateformes, Mastodon et Peertube. Ce sont typiquement ces types d'outils qui sont ciblés par le règlement de censure anti-terroriste que La Quadrature du Net dénonce dans sa lettre ouverte. L'effet désiré est la mise à mort de telles petites plateformes, et par là-même, la fin de la réappropriation des outils numériques par les citoyen⋅ne⋅s. Nous sommes complètement à l'opposé de cela, en tant que support d'un Internet ouvert, décentralisé, neutre et solidaire. Nous visons un Internet multiple et local, et non un Internet unique et central.

Aquilenet ne peut garantir la suppression de contenus incriminés dans l'heure sur demande de l'état. Déjà parce que nous n'estimons pas être responsables des contenus que nous hébergeons, tout comme la rue n'est pas responsable des gens qui y circulent. Nous ne sommes que créateurs d'un espace sur lequel les citoyens peuvent s'exprimer. Ensuite parce que notre volonté de garder le net indépendant de toute manipulation non-désirée fait que nous n'apprécions pas ce type d'interventionnisme. Et au final, parce que même si nous acceptons de respecter la législation Française, nous ne sommes que bénévoles. Motivé⋅e⋅s, mais bénévoles. Nous ne sommes donc pas une équipe d'administrateurs qui fait des astreintes et qui peut réagir de 7h à 7h, du lundi au dimanche. Nous ne pouvons donc garantir la suppression d'un contenu dans l'heure (voire moins), comme la plupart des petits acteurs du numérique. Et nous ne pouvons alors que fermer nos portes, faute de moyens de pouvoir obéir à la loi.

L'autre solution, c'est de déléguer ce droit à des entreprises du numérique. Or, en déléguant à Google, Facebook ou Twitter le droit de vie ou de mort de contenu en ligne, nous cessons de co-construire un rêve numérique pour finalement donner tout le terrain de jeu des Internets à ceux que nous souhaitons voir disparaître, ou en tout cas évoluer parallèlement à nous et non avec nous.

En cela, Aquilenet ne pourra plus offrir de services tels que Mastodon et Peertube. C'est ce que provoquera ce texte chez tous les petits acteurs du web, mettant en danger immédiat le web décentralisé. L'argument est que le terrorisme naît sur ce type de plateforme. La réalité est que le terrorisme a besoin de terreau. Il ne recrute donc pas sur de petites plateformes, mais sur de grandes plateformes. On sait que les échanges vont jusqu'à se faire sur Whatsapp sans complexe. Mais ce n'est qu'un début, le reste se fait par la rue, en face à face, physiquement. Le numérique n'est pas l'outil le plus efficace, encore moins les petites plateformes.

Enfin, vient le problème du chiffrement de bout-en-bout. La Quadrature du Net a questionné ce problème : le règlement semble indiquer vouloir mettre fin au chiffrement de bout-en-bout, c'est-à-dire une sorte de tuyau chiffré entre les différents correspondants d'un service, auquel personne d'autre n'a accès. Il s'agit d'un outil de protection de la vie privée nécessaire, et Aquilenet ne souhaite absolument pas le remettre en cause, bien au contraire. Nous sommes pour le chiffrement partout et tout le temps, afin que les correspondances soient privées, tout comme aucun facteur n'ira ouvrir votre courrier avant de vous le livrer. Nous sommes fournisseur de service, et non pas espions. Nous ne souhaitons pas voir ce que vous faites, parce que nous croyons que votre intimité est précieuse.

En cela, Aquilenet soutient fortement les appels à lutter contre le règlement de censure anti-terroriste, et réfléchit à des actions locales en parallèle de la campagne de La Quadrature du Net pour essayer, comme toujours à notre échelle, de protéger notre Internet, qui est aussi votre Internet. Il est à nous tou⋅te⋅s, pas à quelques grands acteurs états-uniens.

Bonne lecture,
La Collégiale d'Aquilenet

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